Article rédigé par le Dr JP Tiziano

En illustration de l’article « Lu pour vous » de ce mois, dans lequel le laboratoire « Sol de Janeiro » a proposé avec succès aux tatoueurs de jouer le rôle d’auxiliaire médical dans le dépistage des cancers colorés de la peau (mélanomes), nous vous proposons un petit abécédaire de dépistage.

Définition

Le mélanome (MM)[1] est une tumeur maligne du système pigmentaire (mélanocytes) survenant dans les 3/4 des cas en peau saine et parfois par dégénérescence d’un naevus (grain de beauté) préexistant.

Classification

Il peut se présenter sous quatre aspects principaux :

  • Le mélanome à extension superficielle ou SSM (Superficial Spread Melanoma) qui représente 70% des MM,
  • Le mélanome nodulaire est une lésion pigmentée saillante, qui ressemble à un grain de beauté anormal : 15% des MM
  • Le mélanome de Dubreuilh : 5% des MM
  • Le mélanome acral-lentigineux : 8% des MM
  • Autres : mélanome achromique, etc. 2% des MM

Epidémiologie

C’est le cancer cutané dont la fréquence augmente le plus dans le monde. Elle double tous les 10 ans. La majorité des cas survient sur une peau saine, moins d’un quart apparaît sur naevus préexistant. En France, 4 000 à 5 000 cas sont découverts tous les ans, 1 000 personnes en meurent. La prévention et la détection précoce sont donc essentielles.

Aspects cliniques

Méthode ABCDE pour le SSM – Mélanome superficiel

Cette analyse proposée en 1985 (FRIEDMAN) et modifiée en 1998 (Thomas) permet de suspecter rapidement le SSM, qui représente à lui seul les 3/4 des MM. Il apparaît sur peau saine et grossit.

Les critères d’observation faisant suspecter un mélanome sont :

Mélanome Superficiel

Mélanome Superficiel (SSM) – Image : Syndicat National des Dermatologues-Vénérologues

  • A comme Asymétrie : c’est une tache sur la peau, dont les bords sont asymétriques.
  • B comme Bords : les bords sont irréguliers, nettement délimités par rapport à la peau saine de voisinage.
  • C comme Couleur : toutes les nuances chromatiques de la mélanine, du brun clair au noir foncé, pouvant être observées : des zones blanches où le pigment a disparu, des zones rouges inflammatoires ou des zones cicatricielles qui apparaissent bleutées peuvent également être observées.
  • D comme diamètre : Un diamètre > 6 mm est considéré comme suspect.
  • E comme Evolutif : la tache évolue en modifiant sa taille (grossit), sa couleur (changement de couleur) et son épaisseur (devient plus épais, avec une extension en profondeur lors de l’évolution et non plus seulement en surface).

Le mélanome nodulaire

Ces critères ABCDE ne lui sont pas applicables. Ici, c’est la modification visuelle d’un naevus existant ou l’apparition d’un nodule coloré sur la peau saine. Ce qui rend cette lésion suspecte, c’est qu’elle ne ressemble pas aux autres grains de beauté. C’est le « vilain petit canard ».Mélanome nodulaire - Image : Syndicat National des Dermatologues-Vénérologues

Le mélanome de Dubreuilh

C’est le plus souvent une tache sur la joue d’une personne âgée, évoluant lentement.

Mélanome de Dubreuilh - Image : http://www.atlas-dermato.org/cancer/melanome05.jpg

Le mélanome acral-lentigineux

Il est rare et se situe préférentiellement au niveau des doigts ou des orteils, souvent le pouce ou le gros orteil et se caractérise comme une bande pigmentée de l’ongle ou une tache de la pulpe du doigt. Le talon est aussi une localisation non exceptionnelle.Mélanome acrolentigineux. Images http://dermis.net

[1] Le mélanome est parfois appelé mélanome malin et noté en abréviation MM. C’est un pléonasme, car il n’existe pas de mélanome bénin, aussi on ne parle que de mélanome, mais on conserve souvent l’abréviation MM.

La méthode ABCDE est elle assez efficace?

Pour rendre plus certain le diagnostic clinique de mélanome, le « Groupe de Glasgow » à rajouté 7 points cliniques :

  • 4 critères majeurs (importants) :
    • Changement de taille,
    • de forme
    • et de couleur d’une lésion connue, déjà existante,
    • Croissance d’une lésion nouvelle.
  • 3 critères mineurs (moins importants) :
    • Plus grand diamètre > 7 mm
    • Inflammation, ulcération ou saignement,
    • Changement dans la sensibilité de la lésion existante.

Quels sont les facteurs de risque d’avoir un mélanome?

  • Le risque de survenue d’un mélanome est proportionnel à la dose totale de soleil reçue pendant toute la vie (effet cumulatif).
  • Les coups de soleils de l’enfance boustent ce risque (effet stimulant).
  • Jadis, seuls les professionnels travaillant au soleil étaient les victimes de mélanomes : marins, agriculteurs, maçons et couvreurs.
  • Avec la mode du bronzage, le nombre de mélanomes explose.
  • Les patients à peaux claires sont plus sensibles aux effets du soleil, car, ils n’ont pas de protection naturelle contrairement aux peaux brunes et mate, voire métis ou noires.
  • Autres facteurs de risque :
    • antécédent familial de mélanome (père, mère, fratrie, enfants) ;
    • nombreux nævus (plus de 40) ;
    • nævus atypiques (2 ou plus) ;
    • éphélides nombreuses (taches de rousseur) ;
    • phototype I : brûlure solaire constante [coup de soleil] jamais suivie de pigmentation;
    • cheveux roux ou blonds ;
    • peau claire
    • nævus congénital géant (diamètre > 20 cm) ;
    • antécédents de brûlures solaires (coups de soleil).